Encourager l’exploration alimentaire

 

 

Les passionnés que nous sommes sont vivement encouragés à proposer quotidiennement un menu frais et varié à leurs oiseaux. Un effort nécessaire pour maintenir ses compagnons en bonne santé sur tous les plans.

« C’est bien beau tout ça », mais qu’en est-il des perroquets difficiles? Des perroquets qui ne goûtent à rien, rechignant toute autre nourriture que leurs grasses récompenses que sont les graines !

Ces individus là sont loin d’être des cas isolés. Malheureusement pour eux, ils représentent une grande partie de la gente ailée captive. Il arrive que durant des années ils refusent catégoriquement de goûter à ce qu’on leur propose, quitte à faire la grève de la faim!

Enfin, soyons rassurés, les oiseaux qui refusent de s’alimenter ne sont pas encore nés. Tout est question d’apprentissage.

Dans cet article je vais vous expliquer le pourquoi du comment, et surtout vous donner quelques trucs pour faciliter une transition vers une alimentation plus saine, plus fraîche et plus variée.

Tout d’abord il est judicieux de se demander pourquoi nos perroquets de cage ou de volière sont si difficiles. Eh bien, figurez-vous que par nature, ils ne le sont pas! Leurs cousins sauvages sont loin de s’alimenter d’un menu monotone, bien au contraire. Les perroquets sont curieux et gourmands, ils sont naturellement attirés par certains aliments. Cette attirance s’appelle « palatabilité« . Elle comprend une part d’inné (prédisposition génétiquement programmée, héréditaire) et une part d’acquis (qui se trouve être l’expérience).

Les jeunes perroquets apprennent à reconnaître les aliments comestibles durant leur jeune âge, avant même leur sevrage via les nourrissages parentaux. Ensuite les juvéniles s’attèlent à suivre leurs parents dans leurs activités de recherche alimentaire. C’est de cette expérience précoce que découlent leurs dispositions à se nourrir d’une liste d’aliments, et que découlent leurs préférences gustatives.

Si nos oiseaux sont difficiles, c’est tout simplement par ce qu’ils n’ont pas bénéficié d’une riche expérience alimentaire durant leur plus jeune âge. Est-ce une fatalité ?

Comme vous devez vous en douter, la réponse est « non ». Les perroquets ont la faculté d’apprendre tout au long de leur vie, il nous est possible de les amener gentiment à découvrir de nouveaux aliments. Il existe plusieurs astuces pour les y inciter.

Pourquoi la plupart des perroquets n’essaient même pas ? Tout simplement par ce qu’ils ne savent pas nécessairement que ça se mange ! Il est fréquent que les oiseaux difficiles contournent les mangeoires contenant de la nourriture fraîche, c’est à peine s’ils la regardent. S’ils n’ont pas eu l’occasion d’apprendre auparavant que ce contenu était comestible, alors ils n’iront pas y croquer.

Si votre oiseau est apprivoisé et vous fait confiance, il y a de fortes chances qu’il soit très receptif à votre attitude alimentaire, goûtant ainsi préférentiellement les aliments que vous portez à votre bouche. Quand votre oiseau est avec vous, c’est l’occasion de goûter ces nouveautés avec lui, histoire de lui montrer que « ça se mange ». Si en même temps vous adoptez une attitude de non partage, c’est à dire que vous empêchez gentiment l’oiseau d’accéder à votre gourmandise, c’est un peu comme si vous lui transmettiez un message de ce type  » C’est trop bon, je ne partage pas ! » Ce qui va inévitablement titiller sa curiosité gustative, l’inciter à y goûter et à aimer.

L’humain peut donc servir de tuteur pour l’apprentissage alimentaire, mais les autres oiseaux aussi ! Si dans votre « flock » vous disposez de quelques individus plus gourmands, faites-en des tuteurs. Présentez leur systématiquement les nouveaux aliments en premier, les autres observerons et seront encouragés à les imiter.

Certaines espèces de perroquets sont plus faciles à convaincre que d’autres. Les perroquets sud americains par exemple, sont plus enclins à goûter aux aliments nouveaux que les espèces australiennes. Si vous êtes l’heureux humain d’un tel oiseau, alors faites-en un tuteur pour les autres ! Ces prédispositions font partie du bagage génétique de l’espèce, à vous de profiter de ces qualités naturellement présentes.

Plus incroyable encore, d’autres espèces animales peuvent servir de tuteur. Les cailles et autres petits gallinacés pouvant cohabiter en volière avec des perruches pacifiques telles que les calopsittes sont bien plus enclins à se nourrir d’aliments variés, ce qui encouragera les autres oiseaux à les suivre.

Un autre paramètre qui a son importance consiste à reproduire le comportement de recherche alimentaire naturel de l’espèce. Les calopsittes et de nombreuses espèces de cacatoès s’alimentant surtout au sol, il y a plus de chances pour qu’ils s’intéressent à de nouveaux aliments éparpillés sur un sol propre que placés en hauteur dans une mangeoire. A l’inverse, si vous souhaitez encourager vos calopsittes et cacatoès à goûter à des petits fruits en grappes, ils auront plus de succès entremêlés dans des branches feuillues que simplement découpés dans une gamelle.

Dans un premier temps, vos oiseaux difficiles ne feront que croquer ici et là, parfois en recrachant les morceaux. Pas d’inquiétude, il s’agit d’exploration, ils apprendront à y prendre goût !

Si vraiment ces astuces s’avèrent inutiles, alors il vous reste encore d’autres solutions. Vous pouvez par exemple mélanger leurs graines à de la compote de fruits, histoire d’habituer leur « palais » à cette nouvelle saveur. Petit à petit vous pouver la remplacer par de tous petits morceaux. Prudence tout de même! Les graines sont souvent très poussiéreuses et propices au développement de moisissures, il est préférable de les retirer 2 heures après exposition.

Lorsque votre oiseau vient de se réveiller après une longue nuit de sommeil, son estomac crie famine. Si vous lui offrez d’abord des aliments frais avant son repas habituel, il sera plus enclin à y goûter. Mais attention, pas question de l’affamer ! Si au bout de 2 heures la gamelle n’a toujours pas été visitée, n’insistez pas et reportez-vous aux astuces précédemment évoquées.

Les extrudés sont un excellent moyen d’inciter ses oiseaux à goûter à de nouveaux aliments, pourquoi ? Tout simplement par ce qu’ils sont assez fades et monotones. S’en nourrir ne demande pas beaucoup d’effort, ni beaucoup de temps, et nos perroquets qui ont besoin de stimulations seront d’autant plus ouvert au « foraging ». Si vos perroquets difficiles ne se nourrissent pas de graines mais d’extrudés comme nourriture principale, alors c’est une belle occasion.

Pour ce qui est des autres, nourris aux graines… c’est une autre histoire !

Les bonnes graines bien grasses, quel régal pour nos compagnons ailés ! Que faire pour rendre leur alimentation plus saine ?

Il est déjà possible et vivement conseillé de leur proposer leurs graines adorées sous leur forme trempée ou germée plutôt que sèches. Les graines germées sont plus riches en protéines, vitamines, minéraux et d’autant plus pauvres en graisses. Rares sont les perroquets qui refusent les graines sous cette forme. Par ailleurs, elles ont un bien meilleure goût, ce qui les incite à se nourrir de toutes les graines du mélange (fini le tri) ! Les graines germées sont fraîches et encouragent ainsi à l’exploration de nouveaux aliments similaire, telle que la verdure.

Le foraging est un outil à part entière de l’exploration alimentaire. Si vos oiseaux sont très joueurs, en dissimulant des aliments dans leurs jeux, ou en leur présentant simplement sous forme de grappes ludiques et destructibles, vous ne ferez que les encourager à s’en nourrir et occuper sainement leur trop plein de temps libre par la même occasion.

Pour les oiseaux apprivoisés, il est facile d’encourager les actes exploratoires, simplement en félicitant ou accordant de l’attention à l’oiseau qui fait preuve de curiosité. Cela lui permettra de faire une association entre le nouvel aliment et un évènement agréable (votre attention).

Certains aliments sont excellents pour leur santé, mais au départ un peu fades. Les oiseaux habitués à se nourrir de nourriture trop grasse ou trop sucrée risque d’être quelque peu frustrés lors de leur rencontre avec un bout de salade ! Dans ce cas il suffit simplement de réhausser un peu le goût, avec des choses appréciées comme du jus de fruit, de la compote ou des épices (curcuma, paprika, cannelle), pourvu que ce ne soit pas trop riche.

Enfin, maintenant vous avez toutes les clés pour parvenir à faire de vos oiseaux difficiles, des compagnons gourmands qui apprécieront les bonnes salades de fruits et légumes, je n’ai plus qu’à souhaiter « bon appétit les plumeux! »

Margaux Deman, copyright Janvier 2014

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