Parlons des cages…

La cage… un objet à la fois étrange et bien connu du monde aviaire. La cage est un espace restreint, une sorte de « maison » pour perroquet. Elle sert à la fois de repère, de lieu de repos, de jeu, de nourrissage, de dortoir… à priori, une cage serait donc un lieu privilégié pour un oiseau. A priori…

Qu’en est-il vraiment? Parlons un peu des cages depuis un oeil bien différent, celui de nos perroquets.

Avant de parler de cages, un petit rappel s’impose…

Les perroquets, ces créatures ailées et éternellement sauvages, évoluent dans leurs milieux d’origine dans des espaces infiniment grands. Les perroquets ne se contentent pas de grimper, ce sont des oiseaux voliers avant tout. Leur vol est par ailleurs rapide et agile, ces oiseaux font preuve de beaucoup d’endurance. Pour rechercher leur nourriture ou leurs points de repos, les perroquets peuvent parcourir des dizaines, si ce n’est des centaines de kilomètres par jour pour certaines espèces!

Les perroquets sauvages sont libres de leurs mouvements, ils ne sont jamais contraints d’attendre ou de réfréner des comportements innés et besoins immédiats.

En captivité, la cage standard (comme on en trouve partout sur le marché) se trouve être à l’opposé de ce mode de vie originel. En cage, le perroquet éternellement sauvage ne peut pas choisir. Il ne peut pas exprimer tous ses comportements quand il le souhaite, comme il le souhaite. D’autant plus que les perroquets sont des êtres aux capacités cognitives développées, il y a donc fort à partier, à la vue des souffrances que peut générer un simple état de frustration, qu’ils sont conscients de l’incohérence d’une telle situation: « pourquoi je peux explorer durant les sorties mais pas quand je le souhaite« ?

Ce n’est pas par ce qu’il n’a pas connu une vie d’oiseau libre qu’il n’en sera pas affecté. Le perroquet n’est pas libre par acquis, mais bien par essence!

La cage restreint l’activité première du perroquet: Le vol, qui est un moyen de locomotion employé par nos compagnons à plumes. La grimpette est secondaire (si si). Le vol est une première étape vers l’expression de nombreux comportements innés. S’il ne peut être exprimé, alors de nombreux autres besoins sont inhibés, tels que: l’exploration de l’environnement, le jeu, la recherche alimentaire, la communication, les interactions sociales, la fuite ou tout simplement le plaisir!

Par ailleurs, le perroquet de cage a de grands risques de développer des soucis de santé. Comme il ne peut s’activer autant qu’il ne le devrait, son métabolisme tout entier est impacté (en synergie avec une alimentation déséquilibrée et/ou trop grasse, les conséquences peuvent être dévastatrices).

En plus d’être restrictive en terme de possibilités et de mouvements, la cage se trouve être également un inhibiteur social. Ce qui, du point de vue du perroquet est particulièrement difficile à concevoir! Par nature, les perroquets sont, pour la plupart, des êtres hautement sociaux et ayant des attentes socio-affectives particulièrement importantes. La cage est un facteur à part entière d’isolement social, le perroquet se retrouvant maintenu à l’écart de l’activité du groupe d’humains et/ou d’oiseaux (parqués dans des cages individuelles autour).

Certains se demandent ensuite pourquoi un perroquet accumule des lacunes en terme de communication? La réponse est simple. Si l’oiseau vit isolé la plupart du temps, le phénomène de dyssocialisation* sera encouragé. Les jeunes perroquets se socialisent assiduement au sein de leur fratrie, et aussi au sein du groupe. Des perroquets maintenus ainsi isolés dès leur plus jeune âge seront largement affectés par un tel mode de vie.

Ensuite, un perroquet isolé dans une cage alors que toute la famille s’affaire autour, mange ou participe à des activités communes peut s’avérer être une véritable source de frustration. Il ne peut comprendre pourquoi lui se retrouve exclus, car une telle situation n’est pas concevable pour un animal aussi sociable. Ces oiseaux isolés peuvent en venir à se manifester bruyamment, est-ce surprenant? Vous aurez beau expliquer à votre cher ami à plumes que c’est pour éviter qu’il ne patauge dans vos assiettes, ce n’est pas dans sa logique d’oiseau grégaire, son fonctionnement.

La frustration prolongée ressentie par un animal l’amène inévitablement vers un état général de mal être. Lorsque l’oiseau passe de nombreuses heures en cage, cet état continu peut générer de graves troubles du comportement. De nombreux perroquets développent des comportements stéréotypés dans un espace restreint (comme le célèbre pacing ou vas et viens incessants) jusqu’à des chorégraphies plus élaborées (qui font paradoxalement rires beaucoup d’humains, ignorants la signification profonde de ces attitudes).

La cage n’encourage pas uniquement ces comportements de substitution, mais d’autres bien plus indésirables encore…

Cet espace restreint, le perroquet, animal hautement intelligent et adaptable qu’il est, peut s’y accommoder fort bien (s’accommoder d’une situation ne veut pas dire s’épanouir), un peu trop parfois…

De nombreux oiseaux développent ainsi des comportement hautement territoriaux lorsqu’ils vivent en cage, qu’ils considèrent alors comme un lieu à défendre. Attention aux doigts qui oseraient s’aventurer au travers des grilles! Certains individus se montrent par ailleurs très virulents à l’extérieur de celle-ci, n’hésitant pas à s’attaquer à tout intrus qui s’y approcherait de trop près! Une telle attitude est-elle si étonnante lorsqu’il s’agit du seul et unique petit espace alloué au perroquet dans sa vie de tous les jours?

De plus, il n’y a rien de surprenant à ce que dans un tel cas de figure un perroquet n’accepte pas la compagnie d’un congénère à plumes et se montre excessivement violent envers ce dernier. La plupart des cas de « tuerie » et blessures graves s’observent tout particulièrement dans un tel contexte de vie.

Les cages ont d’autres effets plus sournois encore…

Les perroquets sont des animaux proies, ce qui signifie que par nature ils recherchent à se mettre en sécurité de façon optimale et permanente. Un perroquet est parfaitement conscient des limites physiques imposées par les grilles d’une cage. Ces limites peuvent lui conférer un sentiment de sécurité. A priori cela pourrait sembler bénéfique pour un oiseau anxieux, mais il n’en est rien. Bien au contraire, un perroquet qui a appris à se sentir en sécurité uniquement enfermé entre 4 grilles risque de se retrouver complètement perdu et phobique dans un tout autre cadre. Le moindre changement peut alors provoquer de vives réactions (hyper anxiété, picage). N’oublions pas qu’une cage est trop restrictive pour permettre un plein épanouissement, d’autant plus qu’il est extrêmement difficile de sortir un oiseau d’une telle situation. Une vie en cage a donc tendance à encourager les comportements néophobiques chez de nombreux perroquets.

Bon nombre d’individus développent des attitudes aberrantes lorsqu’ils vivent en cage, ou même simplement en présence de cages. Les perroquets matures par exemple, peuvent les assimiler à des lieux de nidification et y pondre leurs oeufs. Une cage se retrouve alors défendue avec vigueur et ne s’avère pourtant pas être un outil convenable pour la reproduction!

Si elles ne permettent pas l’épanouissement du perroquet, pourquoi toutes ces cages?

Soyons honnêtes, les cages n’ont d’utilités que du point de vue humain. Tout d’abord, comme elles restreignent les déplacements et l’exploration, un perroquet sera moins susceptible de faire des dégâts sur le mobilier et laissera moins de traces de son passage ici et là (fientes).

Ensuite, il est une idée répandue que les cages servent à sécuriser un perroquet, ou un jeune oiseau en période d’apprentissage du vol. Les jeunes perroquets sont maladroits et les accidents de vols sont monnaie courante. Les animaux intelligents que sont les perroquets apprennent par essai-erreur. Plus le jeune oiseau sera contraint dans les possibilités d’acquisition des compétences de vol, plus il mettra de temps à apprendre et donc plus grands seront les risques d’accidents. La cage retarde donc l’apprentissage, voire empêche ce dernier de se faire!

Les cages ne sont pas non plus un lieu de repos approprié, lorsque l’on laisse le choix aux oiseaux de choisir un dortoir, ils se perchent de préférence en hauteur (tiens donc, comme dans la nature). Les groupes d’oiseaux peuvent par ailleurs mettre du temps à choisir le perchoir sur lequel ils vont dormir et les individus avec lesquels ils veulent se reposer… tout un rituel, socialement très enrichissant, et impossible à reproduire en contexte « cage individuelle ».

Les cages ne facilitent pas l’apprivoisement ou l’apprentissage, bien au contraire! Rappelons que les perroquets sont des animaux proies, ils recherchent instinctivement à se mettre en sécurité ou rechercher une issue en situation d’inconfort. La première réponse en cas de frayeur s’avère être la fuite. A l’intérieur d’un espace aussi restreint, le perroquet ne peut fuir et il le sait! Un oiseau se sentant aussi vulnérable ne sera pas aussi ouvert aux apprentissages qu’un individu qui a le choix de pouvoir échapper à une situation. Par ailleurs, notons que la seconde réponse du perroquet lorsque la fuite est impossible s’avère être la morsure. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’un perroquet de cage mette plus de temps à accorder sa confiance et exprime davantage de comportements agressifs envers l’humain.

Dans la nature, il n’y a pas de cage. Par essence un perroquet n’en a pas besoin pour survivre ni pour son « bien être ». Il n’en a pas besoin pour évoluer, se nourrir, se reposer… si vous laissez le choix à votre perroquet, vous constaterez qu’il finira par ne plus y mettre les pattes! Une pièce consacrée ou une volière digne de ce nom sont des espaces bien plus adaptés aux besoins de ces oiseaux à la fois complexes, sensibles et exigeants.

Si votre perroquet n’a pas encore exprimé des signes de mal être vis à vis de son milieu de vie grillagé, c’est probablement par ce qu‘il est encore immature, ou qu’il s’agit d’un individu particulièrement tolérant, voire d’une espèce reconnue pour accepter ce type de contraintes (comme les amazones par exemple)! Les jeunes perroquets s’accommodent mieux des contraintes que des perroquets adultes. Rappelons que nous avons affaire à des oiseaux extrêmement adaptables et que s’adapter n’est pas s’épanouir.

Les cages sont la source de nombreux problèmes rencontrés en captivité (dyssocialisation, hyper agressivité, hyper anxiété, picage…). Il est cependant essentiel que l’oiseau dispose de son propre espace, en compagnie de congénères pour se nourrir d’une vie sociale riche et exprimer tout son potentiel d’oiseau (le vol!). Dès lors où le perroquet dispose d’un espace suffisamment grand pour s’ébattre et interagir, sa qualité de vie se retrouve grandement améliorée. Les éventuels problèmes sont réfrénés en même temps que l’état de bien être augmente. Puisque c’est essentiel, améganer un environnement qui répond bien au besoins de nos compagnons ailés fera donc l’objet d’un prochain article.

Laissez ses oiseaux évoluer librement dans un grand espace ne tient pas de l’exploit, cela tient du bon sens!

Margaux Deman, copyright novembre 2014

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