La taille des ailes

 

En voici en voilà une pratique qui sévit depuis toujours dans le monde des perroquets captifs, la taille des ailes!

Tout d’abord, qu’est-ce que ça veut dire « tailler les ailes »? Cette expression largement employée est inexacte puisqu’il ne s’agit pas de couper l’aile (dans ce cas on parlerait d’éjointage, pratique interdite depuis 2005), il s’agit plutôt de s’attaquer aux plumes de vol, les rémiges.

Les plumes sont des écailles modifiées dont le rôle originel chez les premiers dinosaures à plumes (Théropodes) était l’isolation thermique. Au fur et à mesure de l’évolution, les plumes se sont agrandies, ont changé de forme et ont adapté leur structure à un mode de locomotion quasi révolutionnaire chez les vertébrés: le vol.

Les plumes sont donc des « phanères », productions kératinisées de la peau au même titre que nos cheveux, les poils, les griffes ou les écailles des reptiles. Les couper n’est donc pas douloureux.

Une pratique indolore certes, mais lourde de conséquences…

Les oiseaux sont ce qu’on pourrait appeler vulgairement des « machines » à voler. Leur anatomie, leur physiologie, leur morphologie et même leurs comportements sont adaptés/consacrés à ce mode de locomotion. Ils disposent d’os pneumatiques dénués de moelle, une musculature particulière, un appareil respiratoire hautement performant (le plus sophistiqué du monde animal), une réduction progressive des appendices, une fusion de certains os (doigts, vertèbres, clavicule), un sternum hypertrophié, transformé en bréchet servant d’attache aux muscles pectoraux et jouant également un rôle dans l’aérodynamisme… bref, tout est mesuré pour leur permettre d’évoluer efficacement dans les airs.

Nos chers perroquets font partis de la sous-classe des Néognathes qui regroupe les oiseaux capables de voler (y compris les manchots, dont « le vol » est exercé sous l’eau).

Ces caractères déterminants n’ont pas qu’un aspect esthétique pour nos yeux fascinés, elles sont le résultat de millions d’années d’évolution.

Dans la nature, la survie de ces animaux repose entièrement sur leur capacité à voler. Un perroquet incapable de suivre un groupe est voué à mourir, cela signifie que sa sécurité est compromise, tout comme la recherche de nourriture, d’eau ou d’un abri. Un prédateur, la faim ou la déshydratation auront vite raison de lui.

Certes, le vol est indispensable dans la nature, mais quel rapport avec la captivité?

La plupart des perroquets captifs vivent (ou survivent) dans des environnements exigus, inadaptés, ils n’ont pas besoin de parcourir plusieurs kilomètres par jours pour rechercher leur eau et leur nourriture, qui souvent se trouve à quelques centimètres à peine de leur perchoir!

Mais… comment un animal qui a évolué depuis des millions d’années vers une telle aptitude et dont sa survie en dépend entièrement pourrait-il se comporter autrement en captivité?

Le vol et les comportements associés sont gravés dans le génome de ces oiseaux. L’ADN est un élément commun à toutes les cellules du vivant et détermine le devenir, la nature d’un individu, dont sa capacité à voler. Une molécule particulièrement stable, qui ne se modifie pas en quelques décennies d’élevage et de sélection. La preuve en est que des millions d’années auront été nécessaires pour que les premiers dinosaures duveteux taillés pour la course se transforment en ces magnifiques créatures que nous connaissons aujourd’hui, les oiseaux modernes.

Même en captivité, le vol est omniprésent, et toujours indispensable à la survie du perroquet. Lui confisquer cette capacité revient à lui annoncer sa mort prochaine. Même si l’oiseau aux ailes taillées peut vivre ainsi des années « sans problème » apparent, il agira dans une optique de survie.

Ainsi, on pourrait estimer que les individus qui ne peuvent pas voler vivent dans un état de souffrance psychique relative et de frustration. En outre ils sont le plus souvent en mauvaise santé. L’absence d’exercice physique, d’optimisation du système respiratoire, ainsi qu’une inhibition des activités exploiratoires due à l’absence des comportements liés au vol, engendrent un mal être physique et mental.

Enfin, il semble désormais évident que les perroquets privés du vol ne peuvent s’épanouir. La taille des ailes récurrente semble donc être, ni plus ni moins, une pratique maltraitante à la vue de toutes les conséquences néfastes engendrées. 

 

Les principales idées reçues au sujet de la taille des ailes!

Un perroquet aux ailes taillées est plus docile, et plus facile à apprivoiser/éduquer. 

En voilà une belle bêtise (pour rester polie)! Le perroquet est une proie, de sorte que lorsqu’il se sent menacé ou agressé, sa première arme de défense se trouve être la fuite, et en particulier par les airs grâce au vol. Privé de cette solution, il opte pour la deuxième option, la défense: son bec! Couper les rémiges revient donc à encourager les comportements agonistiques. La docilité est toute relative puisque basée sur l’impossibilité de l’oiseau à fuir une situation contraignante. La docilité, ainsi que l’apprivoisement sont la résultante d’un travail basé sur les interactions réciproques positives.. On ne peut parler d’apprivoisement ou de docilité avec des oiseaux qui sont manipulés contre leur gré. Est-ce ça la complicité?

Un perroquet qui s’exerce au vol risque de se blesser.

La plupart des accidents domestiques font comme victimes les oiseaux aux ailes taillées. Les vétérinaires sont tous d’accord là dessus, et beaucoup de propriétaires pourraient témoigner de tristes expériences. L’envol est un réflexe instinctif en cas de frayeur, de sorte que même conscient de ne plus pouvoir voler, un perroquet qui prend peur va tout de même chercher à s’extraire d’une contrainte. Les chutes peuvent être fatales ou occasionner de graves fractures. Aussi les perroquets aux ailes taillées se déplacent plus volontiers sur le sol, il arrive donc que sans le vouloir leurs propriétaires donnent des coups de pied, ou pire encore, les écrasent. Cela peut sembler improbable mais ces accidents sont pourtant très courants. A l’inverse, les oiseaux aux ailes pleines peuvent fuir en cas de frayeur, se poser en hauteur sans se blesser, ils peuvent se sauver en cas de danger imminent. Les juvéniles sont toujours un peu maladroit en vol, il leur arrive en effet de tomber et de se cogner. Généralement les « bobos » sont anodins et les mauvaises chutes font partie de l’apprentissage. Un oiseau qui exerce ses ailes sera en outre bien plus robuste physiquement, il sera moins sujet aux déchirures musculaires ou fractures!

La taille des ailes est un moyen d’éviter de perdre son perroquet dans la nature. 

Cette raison est peut-être la plus souvent évoquée, et même si elle peut sembler justifiée il n’en est rien. La majorité des perroquets perdus sont des animaux qui n’ont pas appris à voler et donc à revenir sur leur territoire familier. Même avec les ailes taillées, un oiseau n’a besoin que d’un coup de vent pour partir plusieurs centaines de mètres plus loin. Une fois haut perché, ses craintes de chute vont vite le rattraper, il sera alors incapable de redescendre seul, de se déplacer et d’échapper aux prédateurs. Les perroquets peuvent donc se perdre même en l’absence d’ailes fonctionnelles. Ces individus handicapés ainsi exposés ont très peu de chance d’en réchapper. Les histoires de perroquets qui se font attaquer par des chiens ou des chats, voire des rapaces ne sont pas rares. Il faut aussi tenir compte du fait que les propriétaires qui optent pour la taille des ailes sont naturellement moins attentifs quand leur oiseau est de sortie, puisque supposé incapable de se déplacer efficacement. Ce qui augmente considérablement les risques de perte et d’accident.

Je taille très légèrement les ailes, mon oiseau peut quand même voler, mais pas assez pour s’enfuir. 

Nous l’avons vu, l’oiseau est tellement bien adapté au vol qu’il ne suffit que d’un coup de vent pour le voir s’éloigner dans les airs. Avec des ailes légèrement taillées, le vol n’est pas réduit, cela n’empêche en aucun cas les fuites, mais en plus l’animal est déséquilibré et handicapé, il ne peut se déplacer correctement, ce qui provoque les mêmes craintes et mêmes difficultés qu’un animal aux ailes taillées de façon drastique. Il sera plus vulnérable à l’extérieur (les prédateurs préférent s’attaquer aux plus faibles et maladroits) comme dans la maison (chutes plus fréquentes et douloureuses), de tels individus sont également plus difficiles à récupérer si par malheur ils s’échappent.

 

Il y existe sûrement d’autres motivations en faveur de la réduction du vol, mais dans tous les cas il s’agit bien d’un acte dénué de bénéfices pour l’animal. Indolore, mais lourd de conséquences encore une fois.

Les oiseaux qui ne peuvent voler sont prédisposés à développer des troubles du comportement liés à l’insécurité et la frustration engendrées. Cette pratique n’arrange que le propriétaire, aveugle et avide de posséder, peut-être de retirer la seule chose qui fait envier toute l’humanité, et que nos chers amis ailés auront mis des millions d’années à obtenir: le vol.

 

Margaux DEMAN, copyright 2013

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