Mon perroquet est agressif

 

Pourquoi les perroquets deviennent-ils agressifs ?

Certains perroquets, en particulier les individus sexuellement matures peuvent devenir extrêmement agressifs, que ce soit envers leurs humains ou envers leurs congénères. Ils peuvent attaquer de manière « compulsive » et infliger de douloureuses morsures, voire carrément tuer un autre oiseau, ou défigurer un être humain. Plusieurs espèces et groupes d’espèces sont prédisposés à exprimer des comportements exagérément violents. Cependant, cette prédisposition génétique n’excuse et n’explique pas tout.

Il existe plusieurs facteurs sociaux et environnementaux qui encouragent inévitablement les oiseaux, et en particuliers certains profils, à sombrer dans la psychopathie la plus totale.

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Les perroquets ont toutes les raisons d’exprimer des comportements agonistiques envers leurs partenaires oiseaux et humains. Ces comportements font intégralement partie de la dynamique sociale d’un groupe.

Les individus peuvent entrer en conflits pour défendre leur territoire par exemple (certains groupes d’espèces sont très territoriaux), défendre leur partenaire (certaines espèces sont très « possessives »), leur site de nidification, de nourrissage, leur dortoir, les endroits intéressants à explorer…etc.

Sauf que, dans un groupe social équilibré et dans un contexte « normal » (naturel), les conflits resteront toujours softs, et s’arrêteront la plupart du temps à l’intimidation.

C’est à cela que servent les fameux signaux de prévention chez le perroquet. Ils ont pour rôle d’avertir une attaque imminente si l’individu envers lequel est destiné le message comprend et ajuste favorablement sa réponse.

Les préceptes de la vie à l’état sauvage permettent aux animaux d’éviter des situations qui provoqueraient une dépense énergétique inutile et néfaste à leur survie. Ainsi, il faut comprendre que lorsque l’oiseau décide d’attaquer, même s’il le fait violemment, c’est qu’il aura estimé l’intérêt et la nécessité de l’exécution de l’attaque. Il n’attaquera pas pour d’autres raisons que celles qui ont justifié le comportement à cet instant T.

Il en est de même en captivité, malgré le fait que nos perroquets n’ont, à priori, pas à se soucier de leur survie, ni de leurs dépenses énergétiques. Tout simplement parce que ces règles sont profondément ancrées et immuables. C’est pareil pour tous être vivant, y compris les humains. En général nous préférons opter vers la facilité pour un confort physique et psychologique optimal.

Les perroquets restent donc partisans du moindre effort. L’expression d’un comportement donné sera TOUJOURS justifiée par le bénéfice que l’oiseau peut en tirer.
Si le bénéfice est potentiel, l’oiseau va essayer d’exprimer le comportement.
Si le bénéfice est avéré, l’oiseau va continuer d’exprimer le comportement.
Le bénéfice peut être d’ordre alimentaire, social, psychologique, physique… etc.

Pour en revenir à la question de départ, les perroquets deviennent agressifs parce qu’ils apprennent à le devenir. Ils apprennent de leurs agressions et comprennent qu’ils peuvent en tirer quelque chose. Dans un groupe social exclusivement constitué d’humains, les risques qu’un oiseau devienne hyper-agressif voire ingérable sont accrus. Sans autres congénères à plumes, l’équilibre est impossible… les réponses humaines face aux attaques sont naturellement inadaptées et incomprises par nos perroquets.

Ils ne fonctionnent pas comme nous ! Ils ne perçoivent pas le monde et n’analysent pas les situations de la même façon que nous !

Un être humain qui se fait attaquer ou pincer, aura tendance à… réagir ! Quelle que soit la réaction. Il peut hurler de douleur, se rouler par terre, dire « Aïe » ou simplement se retirer brutalement… bref, il s’agit bel et bien de réactions. En plus il y a fort à parier qu’il tirera une mine renfrognée, regardera le perroquet en fronçant les sourcils et lui… « expliquera que c’est pô bien! » à sa manière bien sûr… (si l’oiseau ne se fait pas hurler dessus ou ne se prend pas une beigne).

Le perroquet aura pincé PARCE QU’il aura jugé consciemment ou non que ce comportement pouvait lui permettre d’ajuster une situation en sa faveur. Votre réaction, quelle qu’elle soit, va lui indiquer que la morsure a eu un effet sur vous, donc, elle peut apporter quelque chose… ce qui justifie sa réutilisation ultérieure. Le perroquet va catégoriser la « morsure » dans la case des « comportements utiles ».

Les perroquets APPRENNENT, à travers les réactions de leurs partenaires sociaux, que l’agression peut leur apporter quelque chose.

Si les perroquets qui évoluent en solitaire ont tendance à devenir plus agressifs que les perroquets qui évoluent avec des congénère à plumes, c’est aussi pour cette raison. Les humains étant très différents des perroquets réagissent comme leur logique les amène à le faire. Une logique incomprise des perroquets.

Au sein d’un groupe social d’oiseaux, les perroquets peuvent être amenés à s’attaquer les uns les autres. Cependant, si bien sûr, l’environnement est adapté (parce qu’un environnement inadapté induit forcément des agressions disproportionnées), les oiseaux vont pouvoir échapper ou réagir normalement à des situations de conflit :
– Pour y échapper.
– Pour ne pas les encourager.

Les perroquets se font rarement pincer entre eux car, la plupart du temps, les signaux de prévention sont suffisants, la morsure n’a alors pas lieu d’être.

Les humains quant à eux sont, plus ou moins… biglouches 😛 ils ont tendance à ne pas bien observer les divers comportements que nos pioupioux expriment en permanence. Ils ne les observent pas, ils ne relèvent pas et donc… ne peuvent interpréter. Les perroquets qui côtoient des humains non observateurs, ont donc naturellement tendance à perdre l’habitude d’exprimer des signaux de prévention. Ils auront appris très efficacement que ces mêmes signaux ne servent à rien « puisqu’ils ne sont pas perçus » par les bipèdes biglouches que nous sommes.

Certaines espèces expriment peu de signaux de prévention et peuvent réagir de manière plus ou moins impulsive à certains stimuli sociaux et environnementaux. En général il s’agit d’espèces qui ont BESOIN d’évoluer dans de GRANDS espaces et au sein de groupes sociaux importants… c’est le cas des cacatoès, et de nombreuses espèces de conures. D’autres espèces territoriales en revanche, sont très démonstratives et enclines à passer rapidement à l’attaque, comme les perroquets amazones.

Ces espèces là ne devraient donc être détenues que dans un contexte de vie parfaitement adapté à leurs besoins innés… ou sinon, ne pas être détenues du tout, ce qui est pas mal… aussi !

En dehors du contexte environnemental, il est essentiel de maintenir des oiseaux à plusieurs pour leur permettre d’acquérir, dès le plus jeune âge, des comportements sociaux normaux et mesurés, envers leurs congénères oiseaux ainsi qu’envers leurs partenaires humains.

Enfin, les humains doivent inévitablement faire l’effort de « travailler » leurs outils de perception, mais aussi leurs propres réactions. 😉

Margaux Deman © 2016

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